SEAN
His story
“We have no family here, and we just wanna go out for dinner with my friend. I’ve been eating noodles and shit, so we’re gonna go and have a sit-down dinner. Maybe like Saint-Hubert, or something like that. Somewhere with a nice meal man, you know? Do something… normal, quote unquote. Do something nice for once; it’s been a long time. It’s been a really long time since I actually went out for a sit-down dinner. Maybe I’ll have a small beer, or a glass of wine; it’s a holiday, and I’d like to celebrate.”
“I was a junkie for a long time. I beat it, went back, beat it, went back, beat it, went back. Three or four times. I’m good at the moment, it took me a little bit, but I’ve been good… Not for so long though, since like eight months. It’s tough though, especially being on the street, when all your friends – well not your friends, your acquaintances on the street – they use. I give myself the strength, I just want to stay clean. I overdosed, I almost died; but who knows, I could use again, you never know. I was a functioning addict for most of my life, I always worked, I never struggled, it never put a bad effect on my life… Alcohol did! But drugs no, never, which is crazy to say, but the legal one was the one that fucked my life man. […]The turning point was when I splashed a beer in my ex-fiancée’s face and she said ‘Fuck you’ and left me. That’s when I went down. When she left me I went into a big depression, I felt like I’d lost everything in my life; I’d lost the best thing that had ever happened to me. It was gone, and I didn’t know what to do, I didn’t know left from right, I didn’t know how to tie my shoes. That killed me.”
“I spent a winter out last year, that was fucking cold. I spent about three days inside man, and the rest I slept outside. The city did a city wide clean-up of homeless people over the winter time, and I was staying in the Champs-de-Mars metro tunnel entrance; it was negative thirty-five, negative forty one night, so I went to Tim Hortons to be inside for the night. When I went back at ten in the morning to go get my stuff – I had a futon mattress, four comforters and a negative forty sleeping bag that someone bought for me, two garbage bags of clothes, and I had accidently left my wallet in there, with my ID, and I had a photo of my father who passed away, the only good photo of my father smiling. Anyway, in the morning, everything was gone, the city put everything in the garbage. And they actually put on the news at this time ‘Don’t give warm clothes and blankets to homeless people because it encourages them to sleep outside.’ No it doesn’t man. Taking away the only thing they have to keep them warm… That’s not a good thing, we lost everything. And that was just after new year.”
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Son histoire
« On n’a pas de famille ici et on veut juste sortir pour souper avec un ami. J’ai mangé que des nouilles et de la merde, donc on va aller se faire un souper au restaurant. Peut-être au Saint-Hubert ou quelque chose comme ça. Une place avec un bon repas man, t’sé ? Faire quelque chose de… normal, entre guillemets. Faire quelque chose d’agréable pour une fois ; ça fait un bout. Ça fait vraiment longtemps que je ne suis pas sorti souper au restaurant. Peut-être que je prendrais une petite bière ou un verre de vin ; c’est une fête et j’aimerais ça célébrer. »
« J’ai été un junkie pendant longtemps. J’ai arrêté, repris, arrêté, repris, arrêté, repris. Trois ou quatre fois. En ce moment je suis clean, ça m’a pris un bout, mais je suis clean… Pas depuis longtemps par exemple, depuis comme huit mois. C’est difficile par contre, surtout en étant dans la rue, quand tous tes amis – ben, pas tes amis, tes connaissances de la rue – ils consomment. Je me donne la force, je veux juste rester clean. J’ai fait une overdose, j’ai failli mourir ; mais qui sait, ça se pourrait que je re-consomme, on ne sait jamais. J’étais un addict fonctionnel pendant la majeure partie de ma vie, j’ai toujours travaillé, je ne l’ai jamais eu difficile, ça n’a jamais mis d’effet négatif sur ma vie… L’alcool oui ! Mais les drogues non, jamais, ce qui est fou à dire, mais c’est la drogue légale qui ma fucké ma vie man. […] Le tournant c’est quand j’ai lancé ma bière dans la face de ma blonde et qu’elle m’a dit ‘Fuck you’ et m’a quitté. C’est ça que je suis tombé. Quand elle m’a quitté je suis tombé dans une grosse dépression, j’avais l’impression d’avoir tout perdu dans ma vie ; j’avais perdu la seule bonne chose qui m’était arrivée. Elle était partie, et je ne savais plus quoi faire, je ne savais plus ma droite de ma gauche, je ne savais plus lacer mes souliers. Ça m’a tué. »
« J’ai passé un hiver dehors l’année passée, c’était fucking froid. J’ai passé trois jours à l’intérieur, et le reste j’ai dormi dehors. La ville a fait un nettoyage des itinérants à travers toute la ville pendant l’hiver, et je restais dans l’entrée du tunnel du métro Champs-de-Mars ; il faisait moins 35, moins 40 une nuit, donc je suis allé chez Tim Hortons pour passer la nuit à l’intérieur. Quand je suis retourné à 10h du matin pour récupérer mes affaires – j’avais un matelas futon, quatre couettes et un sac de couchage -40 que quelqu’un m’avait donné, deux sacs poubelles de vêtements, et j’avais laissé mon portefeuille là par accident, avec mon ID, et j’avais une photo de mon père qui est décédé, la seule bonne photo de lui avec un sourire. En tout cas, le matin, tout avait disparu, la ville a tout jeté à la poubelle. Et à cette époque ils disaient aux nouvelles ‘Ne donnez pas de vêtements chauds et de couvertes aux itinérants parce que ça les encourage à dormir dehors.’ Non ça ne les encourage pas man. Enlever la seule chose qu’ils ont pour se tenir au chaud… C’est pas une bonne chose, on a tout perdu. Et c’était juste après le nouvel an. »
JOEL
L’histoire
« Mon beau-père était un homme abusif. Il violentait ma mère, mon frère, mais avec moi il était correct. À un moment ses enfants sont venus vivre avec nous et tout à coup mon frère et moi on étaient de la merde. J'ai fini par quitter la maison à 12 ans. Je restais chez des amis, je passais de canapé en canapé, j'ai passé quelques nuits dans des Tim Hortons. Ensuite j'ai eu des problèmes avec la police, ma mère a reçu une ordonnance du tribunal qui m’obligeait à vivre chez elle. On a commencé à se battre avec mon beau-père, et j'ai sorti un couteau… Pour faire court il a quitté ma mère, mais c'était rendu qu'elle était heureuse parce qu'elle avait fini par le voir comme nous on l'avait toujours vu. Pendant que je vivais avec ma mère, son frère a eu des problèmes avec sa femme : il l’a frappée, et il y a eu tout un truc au tribunal. Il est venu vivre avec nous, et c’est un lutteur UFC, champion d’arts martiaux et tout. Anyway, il a pris trop de coups à la tête et il est devenu fou : une nuit il a décidé qu’il voulait nous tuer ma mère et moi, donc à 1h30 du matin il m’a attaqué avec un marteau. Il m’a frappé six fois à la tête, puis il a attaqué ma mère. Je l’ai frappé avec une chaise et j’ai réussi à le dégager de ma mère, il s’est enfui hors de la maison, la police est intervenue et l’a poursuivi à travers toute la ville. Il a fini par foncer avec son pickup dans le Fallsview Casino aux chutes du Niagara. Je suis pas mal parti en vrille après ça… J’étais détraqué, c’était une nuit assez traumatisante. Je suis tombé profond dans la drogue, vraiment vraiment salement, c’était un genre de moyen de ne plus rien sentir. Mon boss a découvert tout ce qu’il se passait avec moi, et il m’a offert de venir faire une rehab ici au Québec. J’ai fait quatre mois de rehab à Portage, je suis resté clean pendant à peu près un an et demi et ensuite j’ai rencontré une fille. Pendant qu’on était ensemble, son ex a essayé de la récupérer et a commencé à la faire fumer du crack et des merdes comme ça. On s’est séparés, elle était supposée aller en rehab et se remettre sur pieds, mais elle m’a téléphoné pendant sa rehab et m’a demandé de venir la chercher. Je lui ai dit ‘Écoute je ne viendrai pas, fini ta thérapie ou il n’y a aucune chance que je revienne. Je suis aussi un addict, je ne veux plus de cette vie, je ne veux pas vivre comme ça.’ J’ai essayé de l’appeler le lendemain, pas de réponse. Toute la journée à la job, pas de réponse. Je me suis dit qu’elle était juste énervée, donc après la job j’ai décidé de déposer ses clés chez elle. Donc j’y vais, la porte est débarrée, toutes les lumières sont allumées, la télé est allumée, je rentre, l’appelle, vais dans sa chambre, elle n’est pas là. Et alors que je sors de sa chambre, je la vois dans la salle de bain : sa tête était dans le bol des toilettes et elle était morte. Donc moi… je suis reparti en vrille, tombé en morceaux, de retour dans la drogue. »
« J’ai rencontré une autre fille, elle ne consommait pas, c’était une bonne fille. Elle avait un fils, je traitais son fils comme le mien. Ma mère l’aimait, moi je l’aimais, je l’ai emmenée aux Chutes du Niagara, je l’ai demandée en mariage, je lui ai donnée la bague de ma grand-mère, achetée une voiture, payée le permis, je l’ai aidée à se construire. Et dés que j’ai fait tout ça, je n’étais plus le bon gars pour elle, parce que je travaillais trop et que je n’avais pas assez de temps pour m’occuper d’elle. Elle m’a trompé une couple de fois, on a essayé de régler nos problèmes, mais ça n’a pas marché. Et ce n’est pas elle, c’est son fils, j’aimais son fils à en mourir, et ne plus l’avoir dans ma vie, ça m’a détruit et me voici à nouveau ici. Je ne crois pas que je ne me sois jamais senti en paix avec la vie. J’ai toujours eu plus de responsabilités que je ne devais en avoir, t’sé, quel adolescent grandi et doit se préoccuper du loyer, doit se préoccuper d’avoir une job à temps plein. Au moins j’ai fini le secondaire. En fait tu sais quoi, un des moments les plus paisible de ma vie ça doit être quand j’ai conduit un camion dans l’Ouest. Ce voyage à travers les Rocheuses doit être une des plus grandes, plus paisibles expériences de ma vie. Relax, je n’ai à dealer avec personne, juste moi et la route, la nature, l’état sauvage, c’était absolument magnifique et je tuerais pour le refaire. »